1920-1933: Andreï Bodrov et le Tochmekh

A l’issue de la guerre civile, les entreprises horlogères russes étaient à l’arrêt. Dès 1916, les importations de montres et d’accessoires avaient également cessé alors qu’avant la guerre, en 1913, selon la Direction principale des douanes, 3,5 millions de montres de poche avaient été importées en Russie (pour un montant de 18 millions de roubles), sans compter les pièces accessoires.

Après la révolution et la guerre civile, ce qui restait des entreprises horlogères Kahn, Buhre et Moser, la Fabrique V. I. Platov qui produisait à Charapovo des horloges paysannes « khodiki », ainsi que ce qui restait d’une poussière de petites entreprises et ateliers horlogers, étaient soit nationalisés, soit collectivisés sous forme de coopératives de production autogérées, les « artels » (Артель ). Depuis 1919, toute la production horlogère en Russie soviétique était sous l’autorité de l’Agence des Montres (Агентство часов, Agentstvo Tchasov – « montres » pouvant aussi bien être traduit par « horloge »), qui dépendait du Conseil suprême de l’économie nationale.
En 1920, l’Agence est transférée à l’administration des mécaniques de précision, le Glavtochmek (Главточмех).

L’Agence a alors autorité sur 149 petites fabriques, ateliers et entrepôts, dont les principaux sont : la 1ère Fabrique horlogère d’État « Nov » (первая государственная часовая фабрика « Новь »), ancienne fabrique Reinina (Рейнина), qui n’avait pas fonctionné depuis 1918, un atelier d’assemblage et de réparation et un dépôt de produits semi-finis pour horloges de poche et murales à l’entrepôt n°13, le stock d’accessoires et d’outils de l’entrepôt n°14, la Fabrique Platov de Charapovo, l’entrepôt de produits semi-finis et de matériaux de l’atelier P. Buhre, les Ateliers centraux de réparation (anciennement ateliers Moser), et des ateliers d’artisanat.. A Léningrad, il s’agissait de la Fabrique horlogère d’État P. Buhre, Blumberg, Grenov et Voinovsky et la Coopérative (Trudartel: “coopérative de travail”) de réparation de montres (P. Buhre) qui allait constituer le LenTochMekh (Le TochMekh de Léningrad)

Mises en réseau, les entreprises horlogères ont eu pour tutelle divers organismes, soit successivement:

En 1922, à la fin de la guerre civile, elles sont finalement chapeautées par l’organisme qui nous intéresse: le Trust d’État des Mécaniques de Précision (Государственный трест точной механики), en abrégé le Gostrust Tochmekh (Гострест Точмех).

Dès sa fondation, le Tochmekh sera placé sous la direction d’Andreï Mikhaïlovich Bodrov.
Il était né à Toul, dans le district de Venevsky, en 1896 mais sa famille avait déménagé dans la région de Saint-Pétersbourg. Son père et son oncle y étaient membres d’un cercle révolutionnaire clandestin proche de Lénine. En 1910, Bodrov devient apprenti à la Fabrique Tilemans où il rejoint le syndicat des métallurgistes. Deux ans plus tard, il travaille dans l’atelier de maquettes de l’usine Poutilov, bastion bolchevique, et continue à s’impliquer dans des activités politiques et sociales: il devient ainsi président de la première société culturelle et éducative de la région Narva.

Andreï Bodrov
500Andreï Bodrov

En 1915, Bodrov a rejoint Parti Ouvrier Social-Démocrate de Russie et parvient à réorganiser les bolcheviks de la région de Narva. Il a réussi à réunir 50 autres membres du parti sans d’abord parvenir à se connecter aux instances du Parti. Lorsque le lien avec le comité de Petrograd a finalement été établi, toute l’organisation du district du POSDR passe aux bolcheviks. En 1915, Bodrov se rend à Smolensk puis à Toula. Il revient à Petrograd le 7 février 1917 juste avant la révolution.
Il élu député du Soviet de Petrograd et devint bientôt membre du comité de Petrograd.
En tant que membre du comité de district, il a, avec d’autres bolcheviks, appelé les masses à soutenir le soulèvement armé et a activement participé, en octobre, au renversement du gouvernement provisoire. À la fin de 1917, alors qu’il travaillait à la Fabrique de poudre à canon d’Okhta, le parti bolchevique l’envoya à Petrograd, où il s’engagea dans la formation de l’Armée rouge.
Bodrov a participé à la guerre civile en tant que chef du département politique de plusieurs armées rouges. C’est à son retour de la guerre civile qu’il se voit attribuer la direction du Tochmekh. Il sera assisté par un conseil d’administration qui comptera (à partir de 1926) un horloger-tchékiste célèbre: Iakov Iourovski.

Ce portrait présumé de Iourovski est attribué à Casimir Malevitch!
Ce portrait présumé de Iourovski est attribué à Casimir Malevitch!

Pour en savoir plus sur Iakov Iourovski, l’horloger régicide, cliquer ici

Le siège du Tochmekh à Moscou (anciens magasins Buhre)
Le siège du Tochmekh à Moscou (anciens magasins Buhre)

Comme son nom l’indique, le Gostrust Tochmekh ne s’occupait pas que d’horlogerie, c’est pour cela qu’outre les anciennes entreprises Moser, Buhre et Kahn, il s’en verra attribuer d’autres.
Parmi celles-ci, la société moscovite E. S. Troundine, le plus ancien et le plus fameux fabriquant d’instruments de physique (thermomètres, baromètres, etc.), d’optique (microscopes, télescopes théodolites, etc.), d’orthopédie et de chirurgie de Russie (elle remonte au XVIIIe siècle!). Nationalisée en 1921, l’entreprise allait être rebaptisée Fabrique « Metron » (завод « Метрон »).

Le siège et le grand magasin de la sociétés Troudine, à Moscou
Le siège et le grand magasin de la sociétés Troudine, à Moscou
Des poids et mesures fabriquées par la Fabrique "Metron" pour le Tochmekh
Des poids et mesures fabriquées par la Fabrique « Metron » pour le Tochmekh

La situation économique au moment de la fondation du Tochmekh est celle de la NEP. Le « communisme de guerre » (avec ses réquisitions forcées) de la guerre civile faisait place à un retour de l’économie de marché (où l’état ne procédait plus en réquisitionnant selon ses besoins mais par un système d’imposition laissant une marge de profit aux paysans et commerçants).
Cela signifiait que des institution comme le Tochmekh devaient à la fois obéir à une logique socialiste (satisfaire aux besoins de l’état, spécifiquement fournir des montres aux chemins de fer et à l’armée) et à une logique capitaliste (en vendant avec profit ses montres sur le marché).

Le Tochmekh va se consacrer à la réparation des montres mais aussi à leur production.
La production est de trois types:
1° Les montres reconstituées
Il y avait un réseau de magasins « Torgsin » (Торгсин) où l’or était échangé en échange de nourriture et de biens de consommation importés. A l’issue de la guerre civile, la marginalisation des anciens nobles et bourgeois a fait que de nombreuses bijoux et montres en or étaient apportées à ces magasin. L’or partait vers le Fonds d’État des métaux précieux (dirigé en 1921 par Iakov Iourovski) et les mécanisme allaient au Tochmekh pour un ré-emboîtage. Cette source de mécanisme s’est peu à peu tarie.
2° Les montres avec des mécanismes locaux
Les ateliers Moser ont pu produire des mécanismes (parfois en récupérant d’autres pièces), dont le modèle le plus courant est celui produit pour le Commissariat aux transports (НКПС)
3° Les montres avec des mécanismes importés
Le Tochmekh centralisait les achats à l’étranger et répartissait les mécanismes importés dans les structures de productions (entreprises nationalisées ou coopératives), et c’est lui qui en assurait la distribution et la commercialisation des produits finis. Cette production a été faites à partir de mécanismes suisses importés. On trouve sous la marque « Gostrust Tochmekh » ou « Tochmekh Moskva », plusieurs types de montres-bracelets et de poche dans des boîtiers en nickel. Il s’agit le plus souvent de calibres Unitas, parfois des calibres Cyma ou Tavannes.

Une Tochmelk des ateliers Moser produite pour le НКПС (collection Luis Lopes)
Une Tochmekh emboîtant un mouvement suisse Unitas

Il faut dire que la révolution d’Octobre avait été un véritable désastre pour l’industrie horlogère suisse. La Russie représentait un marché d’exportation énorme et des milliers d’horlogers suisses se retrouvèrent au chômage. À la fin de la guerre civile, les chefs d’entreprises suisses ont contacté les représentants soviétiques à Berlin, espérant relancer les importations d’avant-guerre.
Le gouvernement soviétique n’était pas moins intéressé. Une note du Conseil économique de Moscou au Conseil économique suprême, exposait que « Chaque révolution culturelle nécessite avant tout de l’exactitude et de la précision dans le travail. Chaque employé d’un État socialiste doit respecter le temps de la société dans son ensemble et de chaque camarade séparément: ne pas attendre et ne pas attendre pour d’autres, il faut des montres pour éduquer des personnes exactes et précises. Un ouvrier et un paysan ont besoin de montres; en l’état, un produit horloger est un produit très rentable pour accumuler des fonds pour l’industrialisation du pays. »
Les chemins de fer, les poste et télégraphes, ainsi que l’Armée rouge avait désespérément besoin de montres. Une montre (avec une boussole) était le principal moyen de navigation aérienne. Sans montre, aucun bombardements ni tirs d’artillerie précis n’était possible. Le Conseil militaire révolutionnaire inondait le Commissariat du peuple au commerce extérieur d’ordres d’achat de montres.

Un catalogue du Tochmekh de 1924
Un catalogue du Tochmekh de 1924

Le 2 mars 1923, la mission commerciale de la Russie soviétique en Allemagne a informé Léonid Krassine, Commissaire du peuple au commerce extérieur, qu’ils avaient été approchés par des représentants de cinq sociétés horlogères suisses de seconds ordre (Stoll, Ditesheim, Schrob frères, Schrob fils et Hirsch) avec la proposition de constituer société par actions mixte pour importer des montres de poche et des montres-bracelets en Russie. Malgré la petite taille de ces entreprises, elles acceptèrent immédiatement la condition imposée par la partie soviétique: accorder à la Russie un prêt pour l’achat de montres d’un montant de un million de roubles-or.
Ce projet était bien avancé quand le Conseil économique suprême y mis un terme pour la raison suivante : « Toutes les entreprises ci-dessus sont connues comme des fabricants de montres de la plus basse qualité. Avant la guerre, ces montres étaient importées de Suisse jusqu’à 8,5 millions de pièces, principalement à Varsovie, d’où elles se vendaient à l’aide de publicités. Actuellement, ces sociétés ont accumulé d’importants stocks de montres de qualité inadéquate, qu’ils ont l’intention de vendre à la Russie en raison du manque de demande dans d’autres pays. L’offre de ces cinq sociétés horlogères est non seulement sans intérêt, mais devrait au contraire provoquer des mesures pour éviter que leurs marchandises entrent en Russie. « 

Au même moment, les représentants soviétiques à Berlin négociaient avec de grandes sociétés horlogères suisses : Buhre, Moser, Nardin, Doxa, Tissot, Le Coultres, Tavannes, Omega, Longine et Zenith. Assez rapidement, Moscou a approuvé la formation d’une société anonyme Tsentrochassi (« Центрочасы ») avec ces sociétés. Selon les termes du pré-accord, la partie soviétique recevait 49% des actions de la société par actions, et 49% étaient répartis également entre les sociétés suisses (je ne sais pas qui héritait des deux derniers pour-cents). Le Conseil économique suprême approuva (« Les sociétés susmentionnées sont les meilleures sociétés horlogères suisses, de renommée mondiale ») et en mai 1923, la mission commerciale de Berlin reçut des instructions sur la manière d’avancer dans la fondation de la Tsentrochassi.
Mais quelques semaines avant la signature, le 10 mai 1923, une Russe blanc abattait à Lausanne l’ambassadeur de l’URSS en Italie, Vaclav Vorovski. Un tribunal suisse acquitte le terroriste et le 20 juin, le Comité exécutif central panrusse et le Conseil des commissaires du peuple publient un décret conjoint sur le boycott des entreprises suisses

Auguste Reymond fabriquait des montres de marque ARSA et des ébauches de marque UNITAS. Ces dernières étaient massivement importées par le Tochmekh avant la crise diplomatique de 1923
Auguste Reymond fabriquait des montres de marque ARSA et des ébauches de marque UNITAS. Ces dernières étaient massivement importées par le Tochmekh avant la crise diplomatique de 1923
Le diplomate soviétique Vaclav Vorovski, assassiné à Lausanne, la crise diplomatique entre l'URSS et la Suisse ne prit fin qu'en 1946
Le diplomate soviétique Vaclav Vorovski, assassiné à Lausanne, la crise diplomatique entre l’URSS et la Suisse ne prit fin qu’en 1946

La mission berlinoise a demandé à Moscou si le boycott s’étend aux négociations sur le Tsentrochassi, et s’est vu répondre que de nouvelles négociations devraient être menées avec les entreprises horlogères allemandes (l’Allemagne était un gros exportateur de montres vers la Russie avant-guerre), mais ces négociations n’aboutirent pas, les entreprises étant plus intéressées par exporter des mécanismes et des montres vers l’URSS que d’aider à créer une industrie horlogère indigène.

Entre 1922 et 1928, le Gostrtust Tochmekh va successivement dépendre:

En 1922, la production d’horloges est lancée à l’usine Aviapribor (Авиаприбор). En deux ans, 20.700 horloges et 37.300 réveils, fabriqués à partir d’éléments importés, y ont été produits. Afin de réduire le coût de production, par la résolution du Présidium du Conseil suprême de l’économie nationale de la RSFSR du 7 avril 1924, la Fabrique Nov est fusionnée avec la Fabrique Aviapribor. Parallèlement, l’importation de montres reprend.

En savoir plus sur les fabriques Nov, Aviapribor et MEMZ

En 1924-25, le Tochmekh produit environ 45.000 réveils. Cette production est médiocre: le modèle est archaïque et son prix élevé. Le réveil « Трест » (« Trust ») est vendu entre 6,5 et 7 roubles, tandis que le prix à l’étranger équivaut à une ou deux roubles pour un produit de meilleure qualité.
En 1926-27, le Tochmekh parvient à produire environ 270.000 montres et horloges et là aussi, qualitativement et quantitativement, c’est largement insuffisant pour les besoins des communications et de la défense.

Une horloge du Tochmekh
Une horloge « khodiki » du Tochmekh

En 1924, en France, le gouvernement d’Edouard Herriot reconnait l’URSS et dès 1925, une société franco-russe au capital d’un demi-million de dollars est créé pour la production de poids et d’instruments de mesure en URSS. Mais les négociation n’aboutissent pas. Les gestionnaires de la société ne voulaient pas perdre leur statut, leurs salaires ou leur capital, qui n’était pas sans travail. Et les Soviétiques étaient intéressés par des investissements dans l’économie russe. Les deux parties cherchèrent un nouveau projet commun et parvinrent à intéresser, en août 1927 la société horlogère suisse Zenith. Le directeur principal de Zenith, M. Shtram, alla négocier à Paris. Les soviétiques se montrèrent intéressés par la production de montres de poche en URSS.

La manufacture Zenith au Locle
La manufacture Zenith au Locle

Des représentants de la mission commerciale soviétique en France partent pour Le Locle pour inspecter l’entreprise. Ils se rendent toutefois d’abord à Tramelan, où l’entreprise horlogère Auguste Reymond fabrique les mouvement Unitas alors massivement importés et emboîtés par le Tochmekh. Au Locle, les délégués soviétiques sont impressionnés : « Les entreprises Zenith sont bien supérieures à celles que nous avons vues à Tramelan, et sont un exemple de bonne organisation et d’équipement » La délégation rencontre le directeur de l’entreprise qui se rendra par la suite à Moscou. Mais le projet ne se fera pas, freiné par le Tochmekh (que l’on a soupçonné de vouloir préserver un monopole lucratif) et le Conseil national de l’économie de Moscou, qui venait de débourser des fonds pour la construction d’une usine horlogère. Les Suisses eux-mêmes plombèrent le projet en émettant des doutes sur la capacités des ouvriers soviétiques. Zenith fit alors une contre-proposition consistant en une production de réveils, mais il exigea d’avoir la haute main sur le recrutement et le licenciement dus travailleurs, ce qui lui fut refusé. On envisagea alors une assistance technique (formation, équipements, crédits) en échange d’un prix fixe pour chaque montre produite. Mais à ce moment un ordre du Conseil des commissaires du peuple visant à réduire les dépenses en devises rendait impossible l’idée de verser entre 150 et 200.000 dollars par an à Zenith.
A ce moment une délégation était partie aux USA qui allait, on le verra ci-après, ramener la solution: l’achat clé en main de deux usines horlogères américaines et leur déménagement à Moscou.

Au début du premier plan quinquennal de Staline, en 1928, le Gostrust Tochmekh intègre la Fabrique Électromécanique de Moscou (MEMZ) alors en difficulté.

La Fabrique MEMZ.
La Fabrique MEMZ.

Cette Fabrique avait été fondée en novembre 1924 et était principalement engagée dans la fabrication sur mesure d’équipements télégraphiques, de radios, de projecteurs, ainsi que dans la réparation des minuteries électromécaniques utilisées pour contrôler les tramways de Moscou.

En savoir plus sur les fabriques Nov, Aviapribor et MEMZ

En novembre 1930, la Fabrique Électromécanique de Moscou (MEMZ) devient la 2e Fabrique de Montres d’État 2ГЧЗ (Второго Гос. Часа).

Le réveil ci-dessous porte à la fois laque de cette fabrique et du Tochmek, il a donc été produit entre 1930 (début de la 2ГЧЗ) et 1933 (fin du Tochmekh)
Ce réveil porte à la fois la marque de la 2e Fabrique et celle du Tochmek, il a donc été produit entre 1930 (début de la 2ГЧЗ) et 1933 (fin du Tochmekh)

Le 30 décembre 1927, le Conseil du travail et de la défense publia un décret qui chargeait le Conseil suprême de l’économie de créer des usines d’horlogerie à partir de zéro. Les usines devaient être conformes à celles de Suisse et des États-Unis et, dans cette optique, Bodrov prévoya d’envoyer des ingénieurs à l’étranger pour faire rapport sur la production étrangère.

Le décret du 30 décembre 1927
500Le décret du 30 décembre 1927

En mars 1928, Mikhaïl Fedorovitch Izmalkov, alors ingénieur en chef de la MEMZ, fut envoyé en Allemagne pour étudier la production de réveils muraux et d’alarme. À son retour du voyage, Izmalkov a proposé un plan pour accélérer la fabrication de montres soviétiques en acquérant des usines clés en main; machines, modèles et outils.
Mais le 20 mars 1928, le Tochmekh reçu les grandes lignes d’une proposition alternative de Wolf Pruss qui, contrairement à Izmalkov, Pruss propose de déployer la construction d’ateliers d’assemblage basés en Union soviétique, puis l’achat progressif d’équipements horlogers de point en Suisse et en Allemagne, le tout financé par les bénéfices de la vente de montres, assemblées à partir de composants importés.

Il a fait valoir que la construction et l’aménagement d’installations et d’équipements complets nécessiteraient plusieurs années alors que le pays avait un grand besoin de montres. Pruss prévoyait qu’avec son approche progressive, l’URSS serait en mesure de maîtriser tout le processus de production en 2 ou 3 ans.
Comme aucune entreprise européenne ne semblait intéressée par une coopération pour installer une production de montres en URSS, la commission parti aux USA début 1929.

A propos de voyage de cette commission, de l’achat de deux usines aux USA, et de leur déménagement à Moscou, cliquer ici

Le Gostrust Tochmekh sera finalement dissous au début du 2e plan quinquennal en 1933, alors que les 1ère et 2e Fabrique de Montre de Moscou, basées sur les deux usines achetées aux USA, étaient en pleine activité. La première produisait des montres, la seconde des horloges mécaniques et électriques ainsi que des réveils-matin.

Marquage de la 1ère fabrique de Montres avec, au centre, le logo du Tochmekh
Marquage de la 1ère fabrique de Montres avec, au centre, le logo du Tochmekh

Ses entreprises du Tochmekh allaient être ventilées entre différents commissariats. La fabrique Métron (devenue en 1936 la Fabrique n°214) allant devenir une entreprise stratégique fournissant l’aviation et l’armée (c’est la première à avoir fabriqué des gyroscopes en Russie).
Quant au maître d’oeuvre du Tochmekh, Andreï Bodrov, cet homme qui, sans être horloger ni même ingénieur, peut être considéré comme le fondateur de l’industrie horlogère soviétique, il sera arrêté, accusé d’activités contre-révolutionnaires, jugé et exécuté en moins d’un mois à l’automne 1938.
Il a été réhabilité dans les années ’50.

Sources:
http://forum.watch.ru/showthread.php?t=54866&page=2
https://www.kommersant.ru/doc/474852
https://www.kommersant.ru/doc/476663
https://fr.hampdenwatches.com/extra
http://tryndin.narod.ru/Blagotvorit.htm
https://rostec.ru/news/3997