Histoire de la Fabrique de Montres de Tchéliabinsk

Après la guerre, après le dédoublement de la première Fabrique de Montres de Moscou suite à l’élévation de la Fabrique de Montres de Tchistopol en fabrique indépendante, il a été décidé de transférer une partie de l’équipement à Tcheliabinsk, dans l’Oural, et d’y construite une nouvelle fabrique. 100 travailleurs expérimentés et 30 ingénieurs ont alors été transférés de Zlatoust à Tcheliabinsk.
La première phase de ce projet aboutit le 17 novembre 1947 : la nouvelle fabrique, appelé Fabrique de montres de Tchéliabinsk (Челябинский Часовой Завод), et dont les produits allaient porter la marque « Molnija » (Éclair), était située dans un immeuble de quatre étages, 25 rue Tsvillinga (ул. Цвиллинга, дом 25), dans le centre-ville de Tchéliabinsk. Cet immeuble était initialement destiné à accueillir la bibliothèque publique de la ville.

L’immeuble de la fabrique à Tchéliabinsk

La nouvelle fabrique devait produire des montres de poches, de table, des horloges pour des dispositifs techniques, pour la marine et, surtout, des horloges pour équiper les tableaux de bords des avions. C’est ainsi que son principal client était le ministère de la Défense de l’URSS.
Dès 1948, un an après le début des travaux, la fabrique produit son premier lot de montres de bords pour avions ABP-M (en cyrillique) initialement produites par la 1ère Fabrique de Montres de Moscou, et qui avait largement équipé les appareils de l’aviation soviétique de l’immédiate avant-guerre (bombardiers Il-4, avions d’assaut Su-2, chasseurs MiG-1 et 3, YaK-1, 2, 4 et 7).

La montre de cockpit ABP-M

Sur base d’un modèle suisse Jaeger Le Coultre, la 1ère Fabrique de montres de Moscou a par la suite fabriqué, à partir de 1939, une montre d’aviation beaucoup élaborée : la АЧС-1. La production de ce modèle a également été transféré à Tcheliabinsk. C’est la production de ce modèle, précis et fiable, qui allait devenir longtemps la première activité en importance de la fabrique Molnija. Ce sont les montres produites à Tcheliabinsk qui équipaient les chasseurs MiG-15. Au milieu des années ’50, la fabrique en produisait jusqu’à 30.000 par an qui se retrouvaient sur les tableaux de bord de tous les avions soviétiques. Le modèle cependant a évolué en tenant compte des recommandations des pilotes.

La montre de cockpit АЧС-1

Pour en savoir plus sur les horloges d’aviation soviétiques

La fabrique a Tcheliabinsk a aussi produit des horloges pour tank 127-ЧС (qui équipa les T-64, T-55, T-72) et des horloges pour équipements techniques, la 60ЧП (et sa version étanche pour navires et génie maritime, la 61ЧП).
A l’origine, la production civile était limitée : 1277 montres de poches et 7202 horloges de bureau étaient produites en 1947. Le mécanisme était le ЧК-6 (Часы Карманные = montre de poche) qui, selon la nouvelle nomenclature apparues dans les années 60, allait se décliner en trois référence : 3602 (avec petites secondes et sans antichoc), 3603 (petites secondes avec antichoc) et 3608 (trotteuse sans antichoc).

Une Molnija « locomotive » (collection B. Hanoï)
Et son mécanisme 3602


Mais cette production s’est élargie à tel point qu’en 1988, Molnija en avait fabriqué 1.404.000 montres de poche, en grande majorité équipées de 3602. Ces montres de poches étaient exportés vers 30 pays dans les années ’80.

Ouvrière émérite de la Fabrique
Publicité pour les montres de poche « Molnija »

Parmi les modèles particuliers les plus célèbres la Serkisof destinée aux employés des chemins de fer turcs (Molnija a dû concourir à un appel d’offre en concurrence avec des fabricants suisses et l’a remporté grâce à sa fiabilité : les montres étaient garanties 20 ans!) ou celui des Jeux olympiques de 1980 (un très grands nombre de Molnija ont été offertes par le comité d’organisation des jeux), etc.

Presque toutes ces montres étaient au standard 3602.
Mais ce modèle à (un tout petit peu) évolué.
Il était doté de 15 rubis entre 1947 et 1960.
Une variante à 17 rubis, nommé « Iskra » (Искра, étincelle) (marque qui apparaissait sur le cadran) est apparue dans les années ’50.
Lui a succédé la variante « Cristal » (Кристалл) à 18 rubis, et puis, à partir de 1965, le modèle définitif, de loin le plus produit : le 3602 à 18 rubis.

Une Iskra
Une Kristal

La fabrique a aussi produit de 1959 à 1970 un chronographe de poche emboitant un calibre 3017 (basé sur le mouvement suisse Venus.
Après l’effondrement de l’URSS, la Fabrique a connu des temps difficile (arrêt total des commandes militaires et effondrement du marché civil), la qualité de la production s’est dégradée (baisse du nombre de rubis, finition approximative). La production du 3602 s’est définitivement arrêté en 1997.

L’immeuble de l’usine. Désaffecté en 2007, il a été depuis transformé en centre commercial

Une production horlogère a toutefois repris et, malgré un nouvel arrêt total en 2007, l’entreprise a entamé son redressement.

Aujourd’hui, la société Molnija à nouveau un fournisseur d’horloges pour l’aviation. Ses mécanismes de haute précision volent à bord des chasseur MIG-29, des bombardiers TU-160, des hélicoptères Ka-15, Ka-50 et Ka-52, et d’autres encore. La Fabrique produit des mécanismes et des instruments de mesure du temps, capables de fonctionner avec une grande précision dans des conditions climatiques extrêmes et des environnements hostiles.
En 2017, la fabrique a repris la production de montres grand public, mais en emboîtant des calibres importés.

Voici ici les marques et modèles de la Fabrique de Tchéliabinsk

Voir ici l’article sur la naissance des Molnija, Iskra et Kristal

Voir ici le site le plus complet (en anglais) sur les Molnjia 3602 et leur back ground

Voir ici le musée de la fabrique