Les Elektronika 5 tchécoslovaques de PRIM

Prim est une marque de montre mécanique créée en 1949 en République socialiste tchécoslovaque par l’entreprise Chronotechna basée à Šternberk. La principale mission de l’usine horlogère de Nové Město consistait à mettre en place la production en série de montres-bracelets, qui faisaient cruellement défaut sur le marché à l’époque. Étant donné que les montres-bracelets n’avaient jamais été fabriquées en Tchécoslovaquie, il s’agissait d’une tâche extrêmement difficile. Il a d’abord fallu acquérir les connaissances spécialisées nécessaires, former de nouveaux experts et maîtriser toute une série de technologies très complexes utilisées dans la fabrication des montres. La majeure partie des machines destinées à la fabrication mécanique de précision a été transférée depuis l’ancienne entreprise allemande de fabrication d’armes Messap, qui était implantée à Meziměstí, près de Broumov. Le reste a été importé de l’étranger, principalement de l’usine horlogère est-allemande UMF Ruhla, ou fabriqué directement chez Chronotech à Nové Město nad Metují.

Les premiers prototypes de montres tchécoslovaques ont été réalisés en 1954. Au cours des années suivantes, des tests ont été effectués et les défauts initiaux ont été corrigés. Parallèlement, la fabrication des outils, des gabarits et des instruments de mesure nécessaires au lancement de la production en série a commencé, celle-ci démarrant en 1957. Le lancement officiel des ventes n’a eu lieu que le 1er avril 1958. À cette époque, seuls huit pays dans le monde étaient capables de produire en série des montres-bracelets : la Suisse, l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne, les États-Unis, l’Union soviétique, le Japon et la Tchécoslovaquie.

Au cours des années suivantes, de nombreux autres mouvements ont été conçus et fabriqués pour les montres-bracelets PRIM. Il s’agissait tout d’abord de variantes à trotteuse centrale dérivées du calibre 50, à savoir les calibres 55 et 57. Il convient de noter le modèle de montre dont le cadran porte l’inscription « ELAST-BLOK ». Il s’agit d’une variante de montre où un système de fixation du balancier résistant aux chocs a été utilisé pour la première fois. Par la suite, des variantes de ces mouvements avec indicateur de date, appelées « Datumatik », ont fait leur apparition.

Au milieu des années 60 du siècle dernier, les mouvements cal. 66 et cal. 68 ont fait leur apparition ; ils présentaient déjà une conception moderne et étaient en outre équipés de série d’un amortisseur de chocs de marque INCABLOC, puis plus tard de marque KIF.

À partir de 1969, la fabrique est renommée ELTON, et elle commence à produire des mouvements d’appareils de mesure et de montres aussi destinés à l’Armée populaire tchécoslovaque. C’est à cet usage militaire que les montres Prim doivent leur réputation de fiabilité et de robustesse.

Siège de l’usine Elton, en 1970, dans le bâtiment de l’ancien comité national de district :

Au début des années 70, on a commencé à produire des montres pour femmes équipées d’un petit mouvement ne comportant que des aiguilles des minutes et des heures. Ce mouvement portait la référence cal. 80. Ces montres étaient fabriquées en version classique à porter au poignet, mais il existe également des modèles à porter autour du cou, qui ont été produits en collaboration avec des fabricants de bijoux fantaisie du nord de la Bohême.

Dans la seconde moitié des années 70, des mouvements de montre à remontage automatique – les calibres 96 et 97 avec double date – ont été intégrés à la gamme de production de l’usine de Nové Město. C’est précisément le modèle à double date qui a remporté la médaille d’or au Salon international des biens de consommation de Brno en 1979. Seules quelques dizaines d’exemplaires de ces montres à double date ont été fabriqués, ce qui en fait une pièce de collection intéressante.

En 1982, la production des montres-bracelets à aiguilles PRIM Quartz, équipées de mouvements cal. 200, a été lancée, suivie deux ans plus tard par une variante avec affichage de la date – le cal. 210. Outre ces montres à quartz de fabrication propre, des montres numériques de la marque PRIM ont également fait leur apparition sur le marché national au milieu des années 80. Celles-ci ne sont toutefois pas fabriquées chez nous, mais importées de l’Union soviétique.

En 1975, parallèlement aux montres-bracelets, la production d’horloges murales et de table équipées de mouvements développés et fabriqués en interne a également été lancée. Au départ, les horloges utilisaient un mouvement électronique à inertie de calibre 10. En 1980, la production de mouvements à quartz plus précis de calibre 30 a commencé. Suivirent les mouvements à quartz modernisés cal. 303, cal. 40, cal. 41 et le mouvement à pendule cal. 42. De plus, en 1984, la production de réveils mécaniques « Golem » équipés du mouvement B 71 de Chronotechna Šternberk vint s’ajouter.

Suite à l’ouverture du marché tchécoslovaque en 1989, certains produits sont devenus non compétitifs, ce qui a nécessité l’arrêt progressif de leur production. L’usine a été restructurée dans les années 1990, lui permettant ainsi de survivre jusqu’à aujourd’hui.

Des bâtiments de la fabrique en 1988:

Mais au tournant des années 1980, survient l’irruption des montres digitales LCD. Là où la mécanique avait permis une autonomie relative, la microélectronique impose un niveau technologique que la Tchécoslovaquie ne maîtrise pas.

Dans l’économie planifiée, la distribution n’est pas un simple relais commercial. Le réseau Klenoty (bijoux en tchèque), réseau d’État de magasins de bijoux et montres, joue un rôle déterminant dans la circulation des objets techniques. Les montres digitales, devenues symboles de modernité dans toute l’Europe des années 1980. Klenoty exerça une pression croissante pour lancer une production nationale. Les montres numériques, qui entraient alors clandestinement dans le pays, faisaient l’objet d’une énorme demande, surtout parmi les jeunes consommateurs.

Face à l’impossibilité de produire localement des modules LCD fiables, les autorités tchécoslovaques s’orientent vers une coopération intra-bloc. Un accord est établi en 1982 avec l’industrie électronique soviétique, ouvrant la voie à l’importation de montres complètes ou de modules issus de la gamme Elektronika.

Au cours du premier semestre 1982, des négociations entre le ministère fédéral de l’Industrie électrotechnique de la Tchécoslovaquie, la direction générale de Tesla Electronic Components à Rožnov pod Radhoštěm et le ministère soviétique de l’Industrie électrotechnique aboutirent à un accord de coopération dans le domaine des montres numériques à affichage LCD.
La collaboration devait commencer par la livraison en Tchécoslovaquie de montres numériques complètes Elektronika 5. Ensuite devaient suivre des livraisons de modules électroniques séparés pour montres numériques, destinés à être intégrés dans des boîtiers dévelop⁷pés et fabriqués chez Elton. Il était également prévu que ces boîtiers soient exportés vers l’Union soviétique, ce qui permettrait de compenser le coût des modules électroniques.

Les montres issues de ce programme apparaissent sous l’appellation PRIM QUARTZ. Les sources techniques permettent aujourd’hui d’identifier plusieurs variantes internes, toutes datées de 1983 et utilisant des modules soviétiques distincts.

On retrouve notamment un premier ensemble basé sur le module Elektronika 5-203A, utilisé pour des montres féminines à affichage LCD standard (référence d’inventaire 21.50-00350). À cette base s’ajoutent des versions masculines sous l’appellation PRIM QUARTZ, équipées de modules 5-204 (réf. 21.80-00351), puis 5-206 (réf. 21.00-00352), ce dernier intégrant une fonction calendrier.

Les 3 modèles trouvés dans un ouvrage de référence : Collection de montres-bracelets électriques, électroniques, numériques, à quartz et radiopilotées au Musée technique de Brno, de Petr Nekuža :

Le même modèle sans le marquage Elektronika:

Série 1 – PRIM QUARTZ LCD (21.50-00350)
Année : 1983
Mouvement : Elektronika 5-203A
Boîtier : femme, chromé
Affichage : LCD digital
Type : montre féminine

Série 2 – PRIM QUARTZ LCD ELEKTRONIKA S (21.80-00351)
Année : 1983
Mouvement : Elektronika 5-204
Boîtier : homme, chromé
Affichage : LCD digital

Série 3 – PRIM QUARTZ LCD ELEKTRONIKA S (21.00-00352)
Année : 1983
Mouvement : Elektronika 5-206
Boîtier : homme
Fonction : calendrier intégré
Affichage : LCD digital

Pour les premières livraisons de montres complètes, il avait initialement été envisagé de conserver le marquage d’origine « Elektronika 5 » et d’y ajouter simplement l’inscription « Prim Quartz ». Quelques prototypes furent réalisés dans cette configuration, puis soumis à des essais et à évaluation.
À la suite des remarques formulées par l’entreprise sectorielle Klenoty, l’inscription « Elektronika 5 » fut supprimée, et les montres commercialisées portaient donc uniquement la mention « Prim Quartz ».
Entre 1983 et 1984, un total de 72 580 exemplaires de ces montres fut importé en Tchécoslovaquie, en trois versions différentes. Ces trois types de montres numériques étaient contrôlés chez Elton à Nové Město nad Metují, puis munis d’une étiquette de prix, d’un bracelet en cuir, d’un mode d’emploi en tchèque, avant d’être emballés dans les boîtes utilisées pour les montres-bracelets Prim Quartz équipées du calibre 200.
Parallèlement aux importations, un centre de service destiné à la réparation de ces montres fut également mis en place. Son équipement complet fut fourni par la partie soviétique, et il fut installé dans la coopérative populaire Zlatník Ostrava.
Le traitement de ces montres évolue rapidement. Les premières versions laissent apparaître une double identité PRIM / Elektronika, mais cette coexistence est progressivement supprimée au profit d’un marquage unique PRIM QUARTZ.

Le troisième modèle avec un autre coloris:

Les montres numériques Prim Quartz connurent un succès commercial, mais malgré un volume important — environ 72 000 unités entre 1983 et 1984 — le programme rencontre rapidement ses limites. Les modules LCD soviétiques présentent une fiabilité inégale, une durée de vie réduite et une sensibilité aux défaillances d’affichage. À cela s’ajoute une évolution rapide du marché international, dominé par les solutions quartz japonaises plus stables et plus économiques. La seconde étape envisagée — consistant à fabriquer des montres numériques Prim avec des modules soviétiques fournis séparément — ne vit finalement jamais le jour. En 1985, le programme est abandonné. Il aura duré à peine deux ans.