Le ruban de Saint-Georges

C’est l’impératrice Catherine II , la « Grande Catherine », qui a créé « l’Ordre Impériale et Militaire de Saint-Georges, Martyr et Victorieux  » le 26 novembre 1769. Il a l’originalité de récompenser aussi bien de grands généraux que de simple soldats ou marins ayant fait preuve de courage au combat.
Le Ruban de Saint-Georges (Георгиевская лента, Gueorguiïevskaïa lenta) va devenir le symbole de la valeur militaire en Russie. Il est formé de trois bandes noires auxquelles s’ajoutent deux bandes et un fin liseré orange, qui sont les couleurs de l’Ordre (initialement noir et jaune, puis noir et orange depuis 1913). Ci-dessous: l’ordre de 1ère classe:

On retrouve les couleurs sur les dragonnes des épées de Saint-Georges et sur les étendards d’unités militaires décorées:

Pendant la guerre civile russe plusieurs décorations des armées blanches reprennent le ruban de l’ordre de Saint-Georges. Ci-dessous: La médaille de la grande marche de glace de Sibérie (1920):

L’URSS le reprend en 1943 lorsqu’en créé l’Ordre de la Gloire, une des médailles militaires soviétiques les plus prestigieuses, aux conditions d’octroi particulièrement exigeantes.

Il apparait aussi sur d’autres médailles militaires soviétiques:

(1) Médaille de la Victoire sur l’Allemagne, (2) Médaille de la Capture de Berlin (3) Médaille du 50° anniversaire de la Victoire de la Grande Guerre Patriotique (ou médaille de Joukov), (4) Médaille des Troupes Aéroportées et (5) Médailles des 40 ans des sous-marins atomiques

L’Ordre de Saint-Georges fut réinstauré dès 1992 par Boris Eltsine (mais ses statuts actuels ne furent ratifiés qu’en 2000). Il est réservé au mérite militaire:

C’est parce que ses couleurs ont été reprises par la « Médaille pour la victoire sur l’Allemagne dans la Grande Guerre patriotique de 1941-1945 », décernée depuis 1945 aux militaires ayant participé aux combats, que le ruban de Saint-Georges a été chargé d’une nouvelle valeur symbolique.

Sur l’avers de celle-ci se trouve Staline en tenue de maréchal. Sur le pourtour en haut: Notre cause est juste (Наше дело правое), en bas Nous avons vaincu (Мы победили). Au verso, sur le pourtour: Pour la victoire sur l’Allemagne (За победу над Германией) et au centre: dans la Grande Guerre patriotique de 1941-1945 (в Великой Отечественной войне 1941—1945 гг.).

Il devient du temps de l’URSS un des symboles de la victoire sur le nazisme, et apparait à ce titre sur le cadran de nombreuses montres soviétiques:

Cette tendance se renforce en 2005 dans la Russie poutinienne car, depuis cette année, la veille du 9 mai, Jour de la Victoire, des milliers de rubans (appelés par la forme diminutive георгиевская ленточка, gueorguiïevskaïa lentotchka) sont distribués gratuitement dans les rues de Moscou.

Le ruban est ainsi omniprésent dans les cérémonies des 70 ans de la victoire, et particulièrement lors du défilé du 9 mai:

Mais aussi lors des défilés du « Régiment des immortels » où les descendants des combattants portent leur portrait à travers les villes de l’ex-URSS:

Un glissement va s’opérer dans la symbolique du ruban. Gardant se signification initiale, et deviendra aussi plus généralement un symbole du nationalisme russe et sera souvent adopté par les populations russophones des états baltes, d’Ukraine, de Moldavie etc. Le 16 mai 2017, le parlement ukrainien votait l’interdiction du ruban en Ukraine.

Les autorités russes vont accélérer ce glissement en associant ce symbole à l’invasion de l’Ukraine de 2022:

Les habitants pro-russes de Mariopol déployant un grand ruban de Saint-Georges:

Cela va provoquer, une nouvelle vague d’interdictions (Moldavie, Estonie, Lituanie, …).
Ci-dessous: Le symbole que les autorités ukrainiennes veulent substituer au ruban de Saint-Gorges pour célébrer le 9 mai 1945: