Des montres soviéto-roumaines: les OREX

C’est en 1923 qu’est fondée à Bucarest, pour la production d’avions, la Societatea pentru Explorari Tehnice qui allait devenir, en 1938, la Societatea Anonima – Industria Nationala Aeronautica. Après guerre, l’entreprise étend sa production à du matériel ferrovière et médical.

La la Societatea pentru Explorari Tehnice dans les années ’40


Le 11 juin 1948, elle est nationalisée et prend le nom d’I.M.S. « 21 Decembrie » (le 21 décembre étant l’anniversaire de Staline). Elle va par la suite incorporer d’autres entreprises nationalisées: la société « Venus », l’Atelierele de Constructii Tehnice Aeronautice, l’Intreprinderea de Constructii Aeronautice Romane, etc. Sa production continue à se diversifier (machines agricoles, pompes, batteries, etc.).

La fabrication de dispositifs horlogers débute en 1959 avec la réalisation de minuteries de réglage pour machines à laver. Entre 1972 et 1973, deux autres mécanismes d’horlogerie ont été produits: les relais horaires RTP5 à 4 plages horaires et le relais RTP7, et de 1973 à 1978, trois mécanismes horlogers spécialisés supplémentaires sont mis en production.

L’atelier des dispositifs horlogers industriels

C’est en 1973, l’entreprise adopte son nom définitif: Intreprinderea Mecanica Fina » (I.M.F.) Bucuresti; est dépend du Centrala Industriala de Masini-Unelte, Mecanica Fina si Scule (la Centrale Industrielle de Machines-Outils, de Mécanique Fine et d’Outils, qui était la structure d’Etat coordonnant les activités des entreprises de ce secteur. En 1975, Mecanica Fina, qui fête ses 50 ans, emploie 4800 travailleurs et produit plus de 4000 articles (appareils de mesure et de contrôle, éléments de machines-outils et dispositif horlogers pour l’industrie). L’entreprise était installée sur trois sites différents et exportait ses produits dans 35 pays.

L’histoire de la production de montres chez Mecanica Fina Bucuresti serait consécutive à la la visite de Nicolae Ceausescu le 26 décembre 1978, il a alors été décidé de démarrer cette activité. Insatisfait du lent démarrage de la production de montres digitales OPTIMEF, Ceausescu a exigé, lors d’une nouvelle visite, le 1er novembre 1984 que Mecanica Fina entame une production de montres à affichage analogique, d’abord avec des mécanismes à quartz (les CROMEF) et plus tard dans les variantes mécaniques: les OREX.

À partir de 1978 et jusqu’à la fin des années ’90, la société Mecanica Fina Bucarest a produit des montres dont les marques étaient :
OPTIMEF: des montres à quartz avec affichage digital, avec un module fabriqué en Roumanie sur base d’une licence achetée à la société US Optel Corp.
CROMEF: des montres à quartz avec affichage analogique emboitant un module produit en RDA par Ruhla UMF.
CLASIC: des montres pour dames utilisant des mécanismes K09 produit en RDA par Ruhla UMF.
OREX: (dont le nom serait inspiré de l’expression « ORa EXacta ») des montres mécaniques et à quartz avec affichage analogique.

La fabrique Mecanica Fina de Bucarest en 1973
La visite de Ceaucescu à Mecanica Fina de novembre 1984

Il avait été discuté de la structure qui produirait les montres, il a été question de la fabrique Victoria, à Arad, qui a produit les horloge de marque ARADORA, mais Mecanica Fina de Bucarest a finalement eu gain de cause. L’ingénieur Stefan Blaier, qui avait 25 ans de service dans l’entreprise, devint le chef du nouveau département d’horlogerie industrielle. Le chef d’atelier était l’ingénieur Radu Nedelcu et le designer était Mitu Draganescu, diplômé de la section profil de l’Institut des Beaux-Arts. Les 50.000 premières montres OREX ont été livrées en décembre 1985. 200.000 exemplaires ont été produits en 1986 et un million en 1990.


L’article du journal Flacara n°11 du 14 mars 1986 sur la fabrication des montres OREX

Parmi les fournisseurs de mécanismes d’abord pressentis pour les OREX, figuraient Sandoz, Lanco et Ruhla. Mais le choix se porta sur le chinois Seagull. A l’origine, seuls le boîtier et son fond étaient fabriqués à Mecanica Fina. En plus des mécanismes, le cadran, les aiguilles et les couronne étaient importés.

Les premiers mécanismes emboîtés (tant des des montres pour hommes que dans des montres pour dames) furent donc des Seagull « 19 zuan » (19 rubis). Des mécanismes à 17 rubis furent acheté à la Shanghai Zuanshi (Diamond) Watch Factory pour les deux variantes du mécanisme fourni : SB5Z, SB-1 et SZ-1.
Pour les montres à quartz pour hommes, les mécanismes étaient les Slava 2356 importés de la 2e Fabriques de Montres de Moscou. Les montres à quartz pour dames emboîtaient des mécanismes soviétiques (toujours des Slava 2356, chinois – ou est-allemands.

Un Orex emboîtant un Slava 2356
Un autre Orex emboîtant un Slava 2356

Entre 1990-1996, avec la chute spectaculaire des ventes, une tentative a été faite pour relancer l’entreprise par la une production de montres emboitant des mécanisme Slava à 21 rubis et de plusieurs modèles à quartz emboitant des Citizen/Miyota japonais. La production de montre à cessé en 2000, année de la privatisation de Mecanica Fina.

Selon le site Ceasuri Pentru Romania, principale source de cet article, les modèles Orex fabriqués chez Mecanica Fina – Bucarest peuvent être classés, selon la période de production et les mécanismes utilisés, comme suit :

Production des. années 1985-1995
• Montres pour hommes, mécaniques, avec et sans date, emboîtant des Seagull ST-5 à 19 rubis.
• Montres pour dames, mécaniques, emboîtant des Seagull ST-6 à 19 rubis.
• Montres pour hommes, mécaniques, avec et sans date, emboîtant des Shanghai Zuanshi SB-1 et SZ-1 à 17 rubis.
• Montres pour dames, mécaniques, emboîtant des Shanghai Zuanshi SB5Z à 17 rubis.
• Montres pour hommes à quartz emboîtant des Slava 2356.
• Montres pour dames, à quartz emboitant des K13 de Ruhla (RDA), des DST-5 chinois et des Slava 2356.

Production des années 1995-2000
• Montres pour hommes, mécaniques, avec date, emboîtant des Slava 2414 à 21 rubis. Il n’est pas certain que ces montres aient été assemblées en Roumanie où importées d’URSS. Ce qui plaide en facteur de cette dernière hypothèse est, primo, que la production de ce modèle n’est pas documenté en Roumanie, et secondo, que certains modèles possèdent des fonds indiscutablement soviétiques.
• Montres pour hommes, mécaniques, avec jour et date, emboîtant des Slava 2428 à 26 rubis, là aussi plane un doute sur le lieu d’assemblage.
• Montres pour hommes, à quartz, avec un mouvement Citizen/Miyota.

Une OREX emboîtant un Slava 2414
Le fond est de fabrication soviétique
Une autre OREX emboîtant un Slava 2414

Cependant, on aurait également relevé des OREX emboitant des Slava 2628 , 2428, et des Zaria 2009G.

OREX est une marque qui a été utilisée par d’autres sociétés n’ayant rien à voir avec cette production roumaine, dont une qui a également emboîté des mécanismes soviétiques: voir ici