Histoire de la Fabrique Maslenikov (ZIM)

C’est sur base d’un décret de Nicolas II de 1906 sur la construction d’usines militaires qu’une fabrique de tubes a été construites en 1909 à Samara. L’usine devait notamment fournir des capsules d’amorce des munitions pour fusils. En 1911, la construction de l’usine a été achevée et en 1914, elle produira des éléments d’obus d’artillerie. Ci-dessous: un atelier de la fabrique au début de la guerre 14-18.

La guerre russo-japonaise, perdue par la Russie, a montré la nécessité d’un rééquipement technique de l’armée russe. En 1906, l’empereur Nicolas II a signé un décret sur la construction de plusieurs entreprises militaires avec des fonds publics. Parmi eux figurait la Fabrique de fusées de Samara [il faut comprendre ici « fusée » comme dispositif provoquant la détonation d’un obus]. La construction de l’usine a commencé en mai 1910, elle bénéficiait d’un budget énorme de plus de cinq millions de roubles. Le 14 (27) septembre 1911, la fabrique était inaugurée. Elle devait produire 500.000 fusées et autres pièces pour obus. Pendant la Première Guerre mondiale, 15 millions de fusées ont été produites à Samara.

Elle va employer 2500 ouvriers parmi lesquels certains devinrent des bolcheviks renommés comme Nikolai Chvernik (qui sera président du Soviet Suprême) ou Valerian Kouïbychev. Révolutionnaire plusieurs fois emprisonnés, chef de l’Armée rouge pendant la guerre civile, directeur du Plan par après, Kouïbychev meurt en janvier 1935 et Samara est alors rebaptisée à son nom (jusqu’en 1991).
En 1917, dans le cadre du Décret de paix, la fabrique est restructurée pour se reconvertir à une production de biens de consommation Et en 1918-1919 elle produits des petits articles comme des des mortiers et pilon, mais elle cesse de fonctionner pendant la guerre civile.
Ce n’est qu’au printemps 1923 qu’une production de produits déterminé par le programme d’électrification du pays a repris. La fabrique produit aussi des vannes, des poids métriques, des supports d’abat-jour, des fers à repasser, des pièces de rechange pour machines agricoles.
En 1923, la fabrique est nommé, à la demande de ses ouvriers, Fabrique Maslennikov (Завод имени Масленникова, ZIM) d’après le premier président du Soviet de Samara : Alexandre Maslenikov.
Maslenikov était un bolchevik plusieurs fois emprisonnés (il avait participé à la révolution de 1905). Après la révolution de Février, il devient un des principaux dirigeants bolcheviques de Samara et il jouera un rôle de premier dans l’instauration du pouvoir soviétique dans la province. Il avait participé à de nombreux meetings dans la fabrique.
Les dirigeants du soulèvement anti-soviétique, qui s’étaient appuyé sur le corps d’armée tchécoslovaque, le firent arrêter et déporter. Mais Maslenikov s’évada du camp de concentration d’Omsk et repris le travail clandestin, dirigeant notamment la grève des cheminots sur les arrières des armées blanches. Il est découvert, arrêté et fusillé par les Blancs 18 avril 1919.

Alexandre Maslenikov

Depuis 1925, la fabrique subordonnée au Conseil suprême de l’économie nationale de l’URSS. Elle était connue sous le nom de Fabrique n°15 de Samara, et depuis 1929, Fabrique n°42.

La production horlogère à la fabrique ZIM est décidée par la Résolution du Conseil du travail et de la défense de l’URSS n ° 292 du 21 avril 1935 Sur l’organisation de la production horlogère dans les fabriques du NKTP [Commissariat du peuple à l’industrie lourde]. Parmi les décisions contenue dans cette résolution, le Conseil du travail et de la défense accepte la proposition du NKTP d’organiser la production de montres à la fabrique n°42 du nom de Maslennikov. Les ateliers doivent être achevé qua 4e trimestre 1935 pour la fabrique 42a et au premier trimestre 1936 pour la 42B. La première devait produire 2 millions de montres de poche pour hommes par an, la seconde un million de montres-bracelets pour hommes par an.
Les deux mécanismes avaient été conçus avec l’aide de la société française LIP: le ЧК-6 pour la montre de poche, le 2602 pour la montre bracelet.

La construction de la fabrique horlogère avait bénéficié de fonds importants. Le Parti et les comités syndicaux ont pris un contrôle spécial sur l’approvisionnement du chantier en matériaux, ciment et briques. L’émulation socialiste avait été de mise chez les bâtisseurs. Grâce aux mesures prises, le bâtiment de production horlogère a été construit en un an et demi. Le contrat de fourniture d’équipements pour l’horlogerie avait été signé avec la société française LIP. Les premières machines ont commencé à arriver à l’usine au début de 1936. L’équipement était envoyé directement des plates-formes ferroviaires au nouveau bâtiment où elles étaient immédiatement installés.

En plus de la production militaire, la Fabrique Maslennikov (Завод имени Масленникова, ZIM) commence donc à produire des biens de consommation : en 1937, elle débute une production de montres qui montera jusqu’à 2,5 millions de montres par an, principalement sous sa marque ZIM.

Pendant la Grande Guerre patriotique, ZIM a maîtrisé en peu de temps la production de munitions pour les célèbres lance-roquettes Katyusha. Dans le même temps, la production de munitions pour tous les types a été augmentée. Les informations sur l’usine ont été immédiatement classifiées: elle disparait de toutes les cartes (sur le plan de Kouïybichev de 1940, les jardins est dessiné à sa place). Pour ses performances exemplaires, la Fabrique a reçu en 1942 l’Ordre du Drapeau Rouge du Travail.

Après la guerre, la fabrique est à nouveau partiellement reconvertie pour la production civile. ZIM est surtout connue pour sa production de montres Pobeda emboîtant le 2602, et commencée dans les années ’50, soit bien plus tard que prévu en raison de la guerre. Mais l’usine va produire aussi des machines-outils, des appareils photos, du matériel médical, des machines à coudre, des moteurs électriques et des équipements pour l’industrie automobile.
Dans le domaine horloger, ses mécanismes serviront à des minuteries de radio (voir ici), de cuisine (voir ici) ou d’appareil photo (voir ici).
Ville dans la ville, la Fabrique ZIM disposait d’immeubles, de crèches, de restaurants, d’un Palais de la Culture, d’écoles, et d’installations sportives, le long de la Volga, et une cantine… en forme de faucille et le marteau, oeuvre de l’architecte moscovite Ekaterina Maksimova, qui était issue de la première graduation des femmes ingénieurs de Russie. À l’apogée de l’entreprise, l’usine employait 30.000 personnes.

Les dessins d’Ekaterina Maksimova
L’atelier n°23 (années ’70)
Une Pobeda fabriquée en 1958 par ZIM (collection B. Hanoï)
Une ZIM des année ’70 (collection B. Hanoï)
Une ZIM de 1982 (collection B. Hanoï)
Le nouveau bâtiment de la Fabrique, construit dans les années ’80

A la chute de l’URSS, ZIM a périclité. Les ouvriers n’étaient plus payés, puis les fournisseurs. ZIM était sous tutelle en 1998 et, alors qu’une production horlogère a vivoté jusqu’en 2004, sa faillite fut officiellement déclarée le 30 juin 2006. Un grand nombre de bâtiments sociaux et culturels ont été détruits ou sont devenus des magasins ou des centres commerciaux.

Une petite visite en drone du site et de ses alentours:
https://www.youtube.com/embed/H-nYGIiRukk

On y voit la cantine en marteau-et-faucille, qui a été préservée:

Source principale: https://russian.watch/brands/zim