Des montres américaines pour l’Armée rouge!

Le 29 juillet 1941, un mois après l’attaque allemande contre l’URSS, un groupe se réunit à New York et fonde le 12 septembre 1941, la Russian War Relief (« Aide à la Russie dans la guerre »). La Russian War Relief (également connu sous le nom de Russian War Relief Fund, ou d’American Committee for Russian War Relief) était la plus grande société américaine d’aide à la guerre. Elle avait « pour objectif exprès et exclusif de secourir le peuple russe en temps de crise ». Plus de 500 personnalités américaines ont soutenu la création de  la Russian War Relief : Eleanor Roosevelt, l’épouse du président des États-Unis, Albert Einstein, Charlie Chaplin, Leon Feuchtwanger, Robert Oppenheimer, John von Neumann et d’autres en sont devenus membres honoraires.

La Russian War Relief a levé des fonds auprès des hommes d’affaires de New York, recruté de nouveaux membres sur les campus de l’Ivy League et mené une importante campagne de relations publiques. Le 3 octobre 1941, la société organisa le premier événement caritatif destiné à fournir du matériel médical à des hôpitaux militaires soviétiques d’une valeur totale de 35.000 dollars. Le 27 octobre, à New York, au Madison Square Garden, la société organisa son premier événement public sous le slogan « Aider la Russie à accélérer la victoire! ». Le succès populaire fut au rendez-vous.

Le président de la Russian War Relief était Edward C. Carter, président du Comité national d’aide médicale à l’Union soviétique, membre du comité exécutif de l’Institut américain de la Russie et secrétaire général de l’Institut des relations du Pacifique. Fred Myers, qui fonda plus tard la Humane Society des États-Unis (HSUS), a d’abord dirigé les relations publiques de la société avant d’être promu directeur exécutif.  

Le 14 décembre 1941, peu après le déclenchement de la contre-offensive soviétique devant Moscou, l’ancien ambassadeur auprès de l’Union soviétique, Joseph E. Davies, a proclamé devant une foule emplissant la Boston Arena: «Nous ne devons jamais oublier que nous avons été les bénéficiaires de leurs agonies. Quand ils se battent pour leurs maisons, ils se battent pour les nôtres.»

Lorsqu’il y avait des difficultés pour acheter des vêtements, des chaussures, des textiles, ou d’autres choses sur le marché intérieur américain, le Comité faisait aux Américains sous le slogan : «Partagez vos vêtements avec un allié russe!». Ce mouvement est devenu populaire et massive et la collecte se déroulait dans tout le pays. Les objets collectés étaient pratiquement neufs, le taux de rejet était faible. Les Américains travaillaient gratuitement à ces points de réception et les routiers transportaient les biens collectés pendant leur temps libre.

À partir de 1942, la société était dirigée par Allen Wardwell. En 1942, elle articulait un vaste réseau de sections: régionales (États, villes), de femmes, de jeunes, religieuses (juive, orthodoxe, baptiste, etc.), nationales (russe, juif, arménien) et autres. Elle avait ses propres entreprises de fabrication, ateliers, entrepôts. En 1943, elle organisa plus de 500 grands rassemblements et réunions remplissant des salles aussi vastes que Madison Square Garden, le Los Angeles Concert Hall ou le stade de Chicago.

En octobre 1943, le Fonds militaire national fut créé aux États-Unis pour coordonner le travail de toutes les organisations impliquées dans la fourniture d’une assistance aux alliés des États-Unis. L’adhésion au Fonds militaire national a considérablement renforcé le statut du Russian War Relief. À la fin de 1943, le nombre de dons privés avait été multiplié par 10 par rapport à 1942. Les navires ont transporté plus de 8 millions tonnes de biens acheté par la société vers l’URSS.

La Russian War Relief a ainsi commandé des montres pour les militaires soviétiques aux grandes compagnies horlogères américaines Waltham, Elgin et Hamilton. Ces montres ont été fabriquées conformément aux spécifications de l’U.S. Army Ordnance Department, ce qui signifie qu’elles ont été conçues pour des besoins militaires. Ces montres portaient une inscription sur le fond: « Au peuple héroïque de l’URSS – Russian War Relief, Etats-Unis », la première partie en russe, la deuxième partie en translittération cyrillique de l’anglais. C’est ainsi que les équipes médicales russes ont reçu des montres militaires  Hamilton emboîtant des mouvements 987a. Au total, 31.557 montres auraient été achetées, pour le montant de 300.000 dollars, et envoyées en URSS.

C’est la la loi Lend-Lease, adoptée en mars 1941, qui a permis à la Russian War Relief de livrer ces montres aux troupes soviétiques. Cet outil législatif permettait aux États-Unis de rester à l’écart de la guerre tout en fournissant du matériel aux forces alliées. Il est possible que la Russian War Relief ait organisé la livraison des montres aux troupes en dehors de l’acte de prêt-bail : sur la commande de fabrication des montres par exemple, la loi de prêt-bail n’est pas mentionné.

A partir de 1944, l’aide de la société s’est orientée vers les populations civiles des territoires libérés. À compter de la création du Comité jusqu’au 1 r août 1945, des biens d’une valeur de 42 millions 648 000 dollars ont été livrés à l’Union soviétique, dont 3 816 tonnes de médicaments et de matériel médical (environ 8 millions de dollars), 590.000 trousses de premiers soins (2 millions de dollars), 708.000 manteaux chauds (8.400.000 $), 170.000 vestes (2.500.000 dollars), pour 15.500.000 dollars de vêtements divers, 980.000 paires de chaussures (2 millions de dollars), 240.000 mètres de tissus (1 million de dollars), 200.000 couvertures (600.000 dollars), 1098 tonnes de nourriture (700.000 dollars), 3.900 tonnes de semences (1.400.000 dollars), 1.300 machines à coudre (100.000 dollars), etc.
Et les livraisons ont continué après cette date, après que la société ait été refondée sous le nouveau nom de Société Américaine d’Aide à la Russie.

Le 29 août 1945, dans la salle de réception du Soviet suprême de l’URSS, une cérémonie de remise de décorations a été organisée pour les personnalités de la Russian War Relief. Par décret du Présidium du Soviet suprême de l’URSS du 27 août 1945 , pour ses services exceptionnels dans la conduite d’événements publics aux États-Unis d’Amérique destinés à assister la population de l’Union soviétique dans la guerre contre un ennemi commun, l’Ordre de la bannière rouge du travail était attribué à Edward Carter. La médaille « pour le travail émérite » était remise au directeur exécutif, Fred Myers, au directeur économique, David Weingard, et au représentant de la société à Moscou, Leo Gruli.

Source :
https://www.hodinkee.com/articles/russian-war-relief-watches
https://antisovetsky.blogspot.com/2016/09/russia-war-relief.html
https://vintage-hamilton-wristwatches.com/2013/04/hamilton-watches-in-world-war-ii-made-for-russia-not-in-russia/